Pourquoi les scénarios climatiques évoluent-ils ?

Imaginez un instant que vous planifiez un voyage en montagne. Pour choisir votre itinéraire, vous avez besoin de cartes précises, tenant compte des conditions météo, des sentiers praticables et des points de vigilance. Les scénarios climatiques, c’est un peu la même chose : ce sont des cartes du futur qui aident scientifiques, décideurs et citoyens à anticiper les défis du changement climatique.

Avec Scenario MIP pour CMIP7, la communauté scientifique franchit une nouvelle étape. Ce cadre expérimental, conçu pour la 7ᵉ phase du Coupled Model Intercomparison Project (CMIP), propose une nouvelle génération de scénarios plus réalistes, plus inclusifs et mieux adaptés aux enjeux actuels. Leur objectif ? Éclairer les choix politiques, guider la recherche et inspirer l’action climatique.

Sept scénarios pour explorer l’avenir du climat

ScenarioMIP pour CMIP7 ne se contente pas de projeter des chiffres. Il raconte sept histoires possibles de notre futur climatique, chacune avec ses défis, ses opportunités et ses implications pour la planète.

Les sept scénarios de ScenarioMIP pour CMIP7

ScénarioHistoireTempérature en 2100
H – HighEt si les politiques climatiques reculaient ? Émissions maximales, transition énergétique au point mort.~3,5 °C
HL – High-to-LowUn sursaut tardif : émissions élevées jusqu’en 2050, puis déclin rapide vers zéro net.Pic puis déclin
M – MediumLe statu quo : les politiques actuelles sont maintenues, sans renforcement.~2,5–3 °C
ML – Medium-to-LowUn effort retardé : la mitigation s’accélère, le zéro net CO₂ est atteint vers 2100.~2 °C
L – LowLa voie de la modération : compatible avec un maintien sous 2 °C.~1,8 °C
VL – Very LowL’ambition climatique : émissions aussi basses que possible, compatible avec 1,5 °C.~1,5 °C
LN – Low-to-NegativeLe grand virage : dépassement temporaire de 1,5 °C, puis émissions négatives pour revenir en dessous.Pic puis retour sous 1,5 °C

Chaque scénario est une exploration des possibles, basée sur des hypothèses socio-économiques, technologiques et politiques. Leur point commun ? Aucun n’est inévitable, tout dépend des choix que nous ferons aujourd’hui.

Ce qui change avec CMIP7 : des scénarios plus proches de la réalité

1. Des modèles pilotés par les émissions, pas par les concentrations

Jusqu’à présent, les simulations climatiques partaient de concentrations de CO₂ dans l’atmosphère. Avec CMIP7, les modèles sont désormais pilotés par les émissions elles-mêmes. Pourquoi ce changement ? Parce que cela permet aux modèles de système terrestre (ESM) de simuler eux-mêmes le cycle du carbone, en intégrant les rétroactions entre climat et émissions. Résultat : des projections plus réalistes et plus variées, qui capturent mieux les incertitudes liées aux interactions entre l’homme et la biosphère.

2. Adieu, SSP5-8.5?  le scénario "catastrophiste" est écarté

L'article indique que « sur la partie haute du spectre, les niveaux d'émissions élevés de CMIP6 (quantifiés par SSP5-8.5) sont devenus implausibles, sur la base des tendances des coûts des renouvelables, de l'émergence des politiques climatiques et des tendances récentes d'émissions ». Cette phrase, qui cite Hausfather & Peters (2020), est la seule justification directe fournie dans l'article pour écarter SSP5-8.5.

Ce que l'article dit sur la plausibilité en général (Box 1)

L'article consacre un encadré entier à définir ce qu'est un scénario plausible notion centrale pour comprendre pourquoi SSP5-8.5 est écarté. Un scénario plausible est défini comme ayant « une probabilité non négligible de se produire », avec « une voie causale cohérente avec la compréhension scientifique actuelle des processus naturels et sociaux ». La plausibilité emprunte aussi au concept de faisabilité du GIEC, évaluée selon plusieurs dimensions : géophysique, technologique, économique, socioculturelle et institutionnelle.

C'est selon ces critères et non selon des chiffres précis sur les coûts des renouvelables que l'article juge SSP5-8.5 implausible. L'article ne mentionne pas explicitement les 90 % de baisse des coûts du solaire et de l'éolien. C'est une donnée issue de la littérature externe citée (Hausfather & Peters, 2020), pas développée dans le corps du texte.

Ce que l'article dit sur le scénario High (H) qui remplace SSP5-8.5

Pour le scénario H, l'article précise que les tendances impliquées incluent : « un recul des politiques de mitigation, un manque de coopération sur les questions environnementales mondiales, un intérêt accru pour les ressources fossiles, l'adoption de technologies et de modes de vie intensifs en ressources et en énergie, et un manque de développement des technologies bas-carbone ». Il précise aussi que ce scénario n'est pas un scénario de référence "business-as-usual", mais explore la borne haute de ce qui reste plausible.

L'article mentionne également une raison possible de retour en arrière des politiques climatiques : « un manque de soutien public pour la transition énergétique, lié par exemple à l'opposition locale à la construction d'éoliennes, ou des inquiétudes sur les impacts sur les industries fossiles en termes d'emplois et de sécurité énergétique nationale ». Il cite aussi la possibilité que « la baisse rapide des coûts des renouvelables de la dernière décennie pourrait être interrompue, en raison par exemple de la rareté régionale et de la faible capacité d'échange des matériaux nécessaires aux technologies solaires, éoliennes et aux batteries de véhicules électriques ».

Ce que l'article dit sur les réserves fossiles (argument lié au H)

L'article soulève une question de plausibilité géophysique pour le scénario H : la quantité cumulée de combustibles fossiles utilisés dans ce scénario « est considérablement supérieure aux réserves totales estimées (gisements connus extractibles aux prix et technologies actuels) », mais « considérablement inférieure aux estimations totales des ressources (gisements non découverts ou non récupérables aux prix actuels) ». Autrement dit, le scénario H reste dans le domaine du possible d'un point de vue géologique, à condition que de nouvelles technologies et tendances de prix rendent ces ressources exploitables.

Ce que l'article ne dit pas

Il faut être honnête sur les limites de ce que le texte développe sur ce sujet :

  • Il ne quantifie pas la baisse des coûts des renouvelables (pas de chiffre de 90 %)
  • Il ne fournit pas de données chiffrées sur les tendances récentes d'émissions mondiales
  • Il ne fait pas d'analyse détaillée des raisons pour lesquelles SSP5-8.5 est devenu implausible, cette argumentation est déléguée à la référence Hausfather & Peters (2020)
  • Il reconnaît explicitement que « la plausibilité est un jugement subjectif » et que « les jugements de plausibilité évoluent dans le temps »

L'article acte l'implausibilité de SSP5-8.5 sans la démontrer lui-même. Il s'appuie sur un consensus de la communauté scientifique, formalisé notamment par Hausfather & Peters (2020), et sur les critères de faisabilité du GIEC. Pour une argumentation chiffrée et détaillée sur la baisse des coûts des renouvelables ou les trajectoires d'émissions récentes, il faudrait consulter ces références externes, qui ne sont pas développées dans cet article.

Qu'est-ce qui le remplace ? Le scénario H (High), toujours ambitieux, mais plus réaliste : il suppose un recul des politiques climatiques, un ralentissement de la transition énergétique et des modes de vie intensifs en ressources. La température atteindrait alors ~3 à 3,5 °C en 2100, un réchauffement important, mais bien inférieur aux 4-5 °C du SSP5-8.5.

"Les niveaux d’émissions élevés de CMIP6, quantifiés par SSP5-8.5, sont devenus implausibles."
 Les auteurs de ScenarioMIP pour CMIP7

3. Un regard sur le très long terme : jusqu’en 2500

Pour la première fois, les scénarios sont prolongés jusqu’en 2500. Pourquoi ? Parce que certains phénomènes climatiques – comme la montée des eaux, les points de bascule ou l’extinction d’espèces – se jouent sur des échelles de temps bien plus longues que le siècle. Ces extensions permettent d’étudier :

  • La stabilisation du climat après 2100.
  • Les processus irréversibles.
  • Les héritages que nous laisserons aux générations futures.

4. Le carbone négatif : une place centrale

Les technologies d’élimination du CO₂ (CDR) reboisement, BECCS, DACCS, altération des roches… occupent une place majeure dans CMIP7. Pour la première fois, les flux de carbone sont coordonnés entre les modèles intégrés (IAM) et les modèles de système terrestre (ESM), offrant une vision plus cohérente de leur rôle dans la lutte contre le changement climatique.

5. Une démarche plus inclusive et transparente

La conception des scénarios de CMIP7 a été ouverte et collaborative :

  • Un comité de pilotage élargi.
  • Un groupe consultatif de plus de 80 experts mondiaux.
  • Deux cycles de révision publique avant publication.

Des scénarios conçus pour agir

Les scénarios de ScenarioMIP pour CMIP7 ne sont pas de simples exercices théoriques. Ils sont conçus pour être utiles :

  • Pour les scientifiques : en fournissant des données précises pour étudier les impacts, l’adaptation et l’atténuation.
  • Pour les décideurs : en éclairant les choix politiques, notamment dans le cadre des rapports du GIEC.
  • Pour la société : en offrant une vision claire des futurs possibles et des leviers d’action.

Quelques principes clés :
✔  Plausibles : chaque scénario a une probabilité non négligeable.
✔  Neutres : ils ne préjugent pas des impacts sur la société (pour éviter les doubles comptes).
✔  Robustes : basés sur des données harmonisées à partir de 2023, intégrant les dernières tendances (Covid-19, gaz naturel, etc.).

Et maintenant ?

Les scénarios de Scenario MIP pour CMIP7 nous rappellent une chose essentielle : l’avenir n’est pas écrit. Il dépend des choix que nous faisons aujourd’hui en matière de politiques climatiques, de technologies, de modes de vie.

Pourquoi ce changement de scénarios nous concerne directement ?

Sur Natur’adapt, comme sur d’autres plateformes (DRIAS, ClimatDiag), les scénarios RCP 4.5 et RCP 8.5 ont longtemps été les références pour évaluer les impacts du changement climatique sur les espèces, les milieux naturels et les aires protégées. Ces scénarios, largement utilisés par la communauté scientifique, ont permis de modéliser des évolutions futures, d’orienter les Diagnostics de Vulnérabilité et d’Opportunités (DVO), et de construire des plans d’adaptation pour les territoires.

Aujourd’hui, avec ScenarioMIP pour CMIP7, la donne change. Le RCP 8.5 (ou SSP5-8.5) est explicitement écarté au profit de scénarios plus réalistes, comme le scénario H (High), dont les émissions sont inférieures. Cette évolution a des conséquences directes pour Natur’adapt et pour vous, gestionnaires d’aires protégées.

Ce que ça change pour vos démarches d’adaptation

1. La viabilité et le réalisme de vos scénarios d’adaptation

Jusqu’à présent, vos DVO et plans d’adaptation s’appuyaient souvent sur des projections basées sur le RCP 8.5, un scénario extrême qui, bien que utile pour explorer les pires cas de figure, était de plus en plus remis en question par la communauté scientifique.
Avec CMIP7, les scénarios proposés (notamment H, HL, M, ML, L, VL, LN) offrent une gamme plus nuancée et plus plausible d’évolutions climatiques.
Pour vous : Cela signifie que vos analyses de vulnérabilité et vos stratégies d’adaptation pourront s’appuyer sur des données plus réalistes, tout en restant vigilantes face aux incertitudes.

2. Une communication plus précise et moins alarmiste

Le RCP 8.5 était souvent utilisé pour illustrer des futurs catastrophiques, ce qui pouvait parfois alimenter un discours alarmiste ou, à l’inverse, provoquer des remises en question de la part du public ou des décideurs ("Pourquoi utiliser un scénario aussi extrême ?").
Avec CMIP7, les scénarios H (High) et HL (High-to-Low) permettent de mieux refléter la réalité actuelle :

  • H : un scénario où les politiques climatiques reculent, mais avec des émissions inférieures à celles du RCP 8.5.
  • HL : un scénario où les émissions restent élevées jusqu’en 2050, puis chutent rapidement.

Pour vous : Vous pourrez mieux expliquer que vos projections s’appuient sur des tendances fortes d’émissions de GES, valables au moment de la réalisation de vos documents, mais qui pourraient évoluer en fonction des politiques mondiales d’atténuation. Cela renforce la crédibilité de vos travaux et limite les critiques sur un éventuel "alarmisme".

3. Une vigilance accrue face aux effets d’annonce

L’article sur ScenarioMIP pour CMIP7 marque une rupture avec les scénarios précédents. Cependant, il est important de rester prudent :

  • Ces nouveaux scénarios ne sont pas encore aussi largement adoptés que les RCP 4.5 et 8.5.
  • Leur acceptation par la communauté scientifique pourrait évoluer dans les prochains mois ou années, en fonction des nouvelles données et des débats en cours.

Pour vous : Dans vos rapports et communications, n’hésitez pas à :
✔ Préciser que les scénarios utilisés (RCP 4.5, RCP 8.5, ou autres) étaient ceux considérés comme pertinents au moment de la réalisation de vos documents.
✔  Souligner que ces scénarios pourraient être révisés à la lumière des nouvelles politiques mondiales d’atténuation (ex. : accélération de la transition énergétique, accords internationaux).
✔  Rappeler que si les émissions de GES continuent à augmenter dans les décennies à venir, nous pourrions nous rapprocher des extrêmes envisagés dans le RCP 4.5 ou même au-delà.

Comment adapter vos pratiques sur Natur’adapt ?

1. Dans vos DVO et plans d’adaptation

  • Utilisez les nouveaux scénarios CMIP7 (H, HL, M, ML, L, VL, LN) lorsqu’ils sont disponibles sur les plateformes comme DRIAS, ClimatDiag…
  • Comparez-les avec les anciens scénarios (RCP 4.5, 8.5) pour montrer les évolutions et les incertitudes.
  • Mettez en avant que vos analyses s’appuient sur des données scientifiques à jour, tout en restant transparentes sur les limites et les hypothèses.

2. Dans votre communication

  • Expliquez clairement pourquoi certains scénarios (comme le RCP 8.5) ne sont plus considérés comme plausibles.
  • Soyez pédagogues : montrez que les scénarios ne sont pas des prédictions, mais des outils pour explorer des futurs possibles.
  • Anticipez les questions du public ou des décideurs :
    • "Pourquoi ne pas utiliser le scénario le plus pessimiste ?"
      → Réponse : "Parce que les données récentes montrent que ce scénario est désormais peu probable, mais nous restons vigilants face aux évolutions."
    • "Est-ce que vos projections sont fiables ?"
      → Réponse : "Oui, elles s’appuient sur les dernières avancées scientifiques, mais elles seront révisées si de nouvelles données émergent."

3. Dans votre veille scientifique

  • Suivez les débats autour de ScenarioMIP pour CMIP7 et des nouvelles publications sur les scénarios climatiques.
  • Collaborez avec la communauté scientifique (ex. : GIEC, Météo-France, CNRS…) pour intégrer les mises à jour dans vos outils et méthodes.
  • Participez aux discussions sur Natur’Adapt pour partager vos retours et ajuster vos pratiques en fonction des évolutions.

En résumé : une opportunité pour plus de réalisme et de crédibilité

Le passage à Scenario MIP pour CMIP7 est une bonne nouvelle sur le papier pour Natur’Adapt et pour les gestionnaires d’aires protégées :
Des scénarios plus réalistes pour vos DVO et plans d’adaptation.
Une communication plus précise et moins sujette aux critiques.
Une meilleure adéquation entre vos projections et les dernières données scientifiques.

Mais attention :
Restez vigilants face aux effets d’annonce et aux débats en cours dans la communauté scientifique.
Soyez transparents sur les hypothèses et les limites de vos scénarios.
⚠ Le cas échéant Adaptez vos outils (DVO, plans d’adaptation) en fonction des nouvelles données disponibles.

Sources (Van Vuuren et al., 2026) https://gmd.copernicus.org/articles/19/2627/2026/gmd-19-2627-2026.pdf